Vivre le moment présent
Share
Je suis quelqu’un qui se projette.
Beaucoup.
Tout le temps.
Pas du genre à faire un plan sur cinq ans.
Non.
Plutôt du genre à vivre des scènes entières dans ma tête… avant même qu’elles n’existent.
Je projette tellement que j’adore regarder des films ou des séries que j’ai déjà vus.
Pourquoi ?
Parce que je connais la fin.
Et franchement, ça me rassure.
Aucune surprise.
Aucun retournement de situation.
Je connais la suite. Je connais la fin.
Dans la vraie vie, c’est un peu pareil.
Mon cerveau adore anticiper.
Il imagine comment ce moment va se passer,
ce que cette personne va dire,
comment je vais me sentir,
si cet endroit va me plaire ou non.
Bref, je vis la scène… avant qu’elle arrive.
Sur le papier, ça semble anodin.
Dans la réalité, c’est surtout épuisant.
Parce que la vie, évidemment, n’a absolument aucune intention de suivre le scénario.
Et c’est là que j’ai compris quelque chose :
me projeter ne me protège pas.
Ça me fatigue.
Ça me déçoit parfois.
Et surtout, ça m’empêche de profiter.
Je le fais encore, hein.
Mais maintenant, il y a cette petite voix.
Un peu moqueuse, mais bienveillante, qui me dit :
Attention.
Ne « romance » pas.
Ne pars pas trop loin.
Reviens ici.
Parce que quand je parle de projection, je ne parle pas de projets.
Ni de rêves.
Ni de choses qu’on veut construire.
Je parle de ces mini-films qu’on s’invente.
De ces attentes qu’on pose sur des moments.
De ces scénarios où tout est déjà décidé…
sans que rien n’ait encore commencé.
C’est aussi là que tu comprends que tu n’es pas Madame Irma.
Et puis il y a cette autre spécialité du cerveau humain :
le replay.
Revivre une scène.
Puis une autre.
Puis encore une.
Avec les
“et si j’avais dit ça”,
“et si j’avais fait autrement”.
Comme si, à force de repasser le film,
la fin allait miraculeusement changer.
(Spoiler : non.)
Alors doucement, j’apprends à revenir à l’instant T.
Encore et encore.
À ce qui est là.
Maintenant.
Parce que le moment présent,
c’est le seul endroit où je peux agir.
Le seul où quelque chose peut vraiment se passer.
Hier est terminé.
Demain est imaginaire.
Mais maintenant…
maintenant, c’est vivant.
Et non, je n’y arrive pas tout le temps.
Mais plus je me le rappelle,
plus je souris de mes propres scénarios,
plus je lâche prise.
La vie n’a pas besoin d’être écrite à l’avance.
Elle a juste besoin d’être vécue.
Ici.
Maintenant.