Grandir en voyageant : l’origine de Vagabonde
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Le voyage n’est pas arrivé par hasard dans ma vie.
Il n’est pas né d’un déclic soudain à l’âge adulte, ni d’une envie d’évasion tardive.
Il a toujours été là, presque naturellement.
J’ai eu cette chance immense de grandir avec des parents au rythme un peu différent.
Ils travaillaient de façon saisonnière : six mois intensifs, puis six mois où le temps nous appartenait.
Six mois où ils étaient pleinement avec nous.
Six mois qui nous permettaient de partir en voyage plusieurs fois par an.
Quand ils travaillaient, je pouvais être sur leur lieu de travail : un camping.
Un endroit vivant, en mouvement, déjà empreint de rencontres, de passages, d’histoires qui se croisent.
Et quand venait le temps libre, on prenait la route.
Encore et encore.
Très tôt, j’ai aimé cette sensation de découverte.
Ces paysages qui changent.
Ces langues que je ne comprenais pas encore, mais qui résonnaient différemment.
Ces cultures inconnues, qui m’attiraient déjà profondément.
Je me souviens particulièrement de ce premier grand voyage à Bali.
J’étais petite, mais les images sont encore incroyablement nettes.
Mes parents avaient loué une voiture pour traverser l’île, librement, sans itinéraire figé.
Dans le coffre, il y avait une valise un peu spéciale.
Une valise remplie de peluches et de jouets qui ne nous servaient plus.
L’idée était simple : les distribuer là-bas.
Je me souviens de ces arrêts chez les habitants.
De ces moments suspendus où l’on donnait peu, finalement — quelques objets —
mais où l’on recevait tellement plus.
Je revois encore ce petit garçon, en train de se doucher dehors.
Il devait avoir à peu près mon âge.
Je me souviens de son sourire quand je lui ai donné une peluche.
Et je me souviens surtout de ce que j’ai ressenti à cet instant précis.
Du haut de mes six ans, j’ai pris conscience de la chance immense que j’avais.
La chance de ma situation.
La chance d’être là.
La chance de découvrir le monde.
Lors de ce même voyage, nous avons été invités par des Balinais à un baptême.
Un souvenir profondément gravé.
Les cérémonies, les offrandes, les couleurs, les gestes, les sourires.
Tout était nouveau, intense, presque irréel.
Et puis il y a eu ce moment hors du temps : le Nyepi.
Le jour du silence à Bali.
Pendant vingt-quatre heures, l’île entière s’arrête.
Plus de bruit, plus de déplacements, plus de lumière.
Un moment pour se recentrer, pour symboliquement repartir à zéro.
Ce jour-là, nous nous étions réfugiés dans un hôtel absolument hors du commun.
Un petit lodge sur pilotis, comme posé au milieu de la savane.
Autour de nous : des zèbres, des rhinocéros, des lions, des tigres du Bengale.
Pour la petite fille que j’étais, c’était irréel.
Comme toutes les activités étaient à l’arrêt, le personnel a décidé de faire quelque chose d’inédit.
Ils nous ont permis de rencontrer les bébés du parc.
Et c’est ainsi que j’ai joué avec un lionceau de deux mois.
Que j’ai vu un bébé âgé de quelques jours à peine.
Un moment suspendu.
Une rencontre hors du temps.
Sans le savoir, ces voyages d’enfance m’ont appris des choses qu’aucune école ne m’aurait jamais enseignées.
Ils m’ont offert une ouverture d’esprit immense : celle d’apprendre à observer avant de juger, à écouter avant de comprendre, et à accepter que le monde ne se résume jamais à une seule vérité.
Plus tard, il y a eu la Thaïlande.
Un voyage plus aventureux.
À part les billets d’avion, rien n’était réservé.
Je me souviens de notre arrivée à Khao San Road.
Du logement trouvé à la dernière minute, sombre, avec des cafards.
Nous avons changé dès le lendemain — heureusement.
Mais ce que je retiens surtout, c’est cette sensation en arrivant à Bangkok.
Les odeurs.
L’effervescence.
Le chaos.
Cette grande ville d’Asie qui te tombe dessus comme une vague.
J’ai pris une claque.
La même claque que des années plus tard, en sortant du métro à Manhattan.
Quand je me suis sentie minuscule au milieu des gratte-ciel.
Impressionnée.
Émue.
Vivante.
Aujourd’hui, quand je pars, je ne cherche pas seulement des paysages.
Je cherche ce même frisson que la petite fille que j’étais ressentait déjà.
Et je l’ai retrouvé face au désert de sel en Bolivie, face aux volcans du Guatemala, ou encore devant ces décors irréels qui semblaient tout droit sortis d’Avatar.
Ce sentiment intact, presque enfantin, de me sentir minuscule face au monde — et profondément vivante.
Avoir baigné si tôt dans l’univers du voyage, je le reconnais aujourd’hui, est une chance immense.
Pouvoir dire qu’à sept ans, j’ai nagé avec des dauphins.
Que j’ai vu des tortues.
Des chameaux en Tunisie.
Que j’ai traversé la Floride en camping-car.
Même avant de prendre conscience de tout cela, le voyage faisait déjà partie de moi.
Et en grandissant, je réalise à quel point il est devenu l’essence même de ma vie.
Le voyage, la découverte, l’inconnu.
Ce mélange d’excitation et d’humilité.
Ce sentiment d’être à la fois minuscule et profondément à sa place.
Au fond, Vagabonde, c’est un peu le résumé de tout ça.
De ces souvenirs d’enfance.
De cette ouverture au monde.
De cette soif de découverte qui ne m’a jamais quittée.
On devient vite accro, finalement.
Et je crois que j’en suis la preuve.
Merci Maman, Merci Papa